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Introduction

Le 17 mai 1941, alors que le IIIe Reich s’apprête à lancer un assaut aéroporté contre le Crète, île où sont réfugiés les derniers restes des troupes du Commonwealth engagées en Grèce (après avoir été rejetées hors du continent Européen, pour la seconde fois en tout juste 1 an) ; alors que l’opération Brevity1, du Maréchal Wavell, tourne à l’échec ; survient la capitulation du Duc d’Aosta, Vice-Roi en charge de l’AOI (Afrique Oriental Italienne) à Amba Alagi.

Paradoxalement, cette victoire ne fera que peu parler d’elle, tout juste quelques lignes dans la presse britannique. Pourtant, cette capitulation, qui intervient après une campagne extrêmement rapide (tout juste 100 jours) menée, notamment, par les unités motorisées de la 1st S.A. Brigade du General Daniel H. Pienaar, va sceller le destin de cet Empire Italien africain rêvé par le Duce.

Il s’agit d’une des premières victoires totales (terrestres, aériennes et maritimes) remportées par les forces du Commonwealth depuis le déclenchement de la guerre.

De surcroît, cette victoire n’est pas négligeable sur le plan stratégique :

  • elle permet de sécuriser l’accès à la Mer Rouge (et par la même occasion, le canal de Suez) ;

  • elle raffermit la situation en Égypte en empêchant toute ouverture d’un second front depuis le sud ;

  • elle élimine tout risque d’installation de l’Axe au cœur du continent africain (et de ses richesses) ;

  • enfin, elle a un impact positif sur le moral du Commonwealth, à une époque caractérisée par des défaites.

Pourtant, cette campagne ne va susciter que peu d’intérêt dans la littérature historique (un coup d’œil à la bibliographie suffit à le démontrer)2 et tombera, très rapidement, dans l’oubli. En effet, elle se déroule dans la corne de l’Afrique, une zone bien loin de l’Europe et fort peu connue à l’époque (ce qui est encore, peut-être le cas). Elle survient en même temps que des événements considérés comme bien plus majeurs et, surtout, plus proches (Bataille d’Angleterre, opération dans les Balkans, préparation de l’opération Barbarrosa). Enfin, elle fut menée, côté Commonwealth, par des troupes coloniales africaines, Indiennes, rhodésiennes et sud-africaines (certes, blanches dans ce dernier cas, mais portant des noms et parlant une langue fort peu britannique), et finalement bien peu d’Européens. Enfin, dans son volet aérien, il faut reconnaitre que les duels Hawker Fury et Fiat CR 32 sont bien moins glamours que ceux ayant opposé le Spitfire au Bf 109.

Il s’agira ici d’étudier principalement le volet aérien de cette campagne oubliée. Toutefois, quelques précisions sur les opérations terrestres permettront une meilleure compréhension afin de replacer le tout dans son cadre général.

Après quelques indications concernant la constitution de l’AOI, ainsi que sur les forces en présence, viendra la campagne, découpée d’une façon totalement arbitraire selon plusieurs phases, afin de donner plus de clarté à l’exposé. En effet, si elle débute dès l’entrée en guerre de l’Italie en juillet 1940, il faudra attendre le 4 août pour voir les Italiens prendre l’initiative, par une offensive, qui aboutira à l’occupation du British Somaliland, dont la capitale, Berbera, tombera le 16.

Puis, le théâtre d’opérations tombera dans un long sommeil, avant de se réveiller en janvier-février 1941, lorsque les troupes du Commonwealth lanceront deux offensives : l’une dirigée vers le nord, principalement menée par des troupes indiennes, et l’autre depuis le sud, sous l’action des Sud-Africains. La seconde se transformera vite en succès avec la prise d’Addis-Ababa et d’Amba Alagi en avril et mai. Les dernières troupes Italiennes capituleront, à Gondar, le 27 novembre, quoique des actions de guérilla seront menées jusqu’en 1943 date à laquelle l’Italie rejoindra le camp Alliés3.

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1 Alors que les forces de l’Axe se brisent les dents sur les défenses de Tobrouk, le maréchal Wavell décide de lancer une contre-offensive visant à repousser l’ennemi, loin des frontières avec l’Égypte. Cette opération durera du 15 au 16 mai et se soldera par un échec des Britanniques.

2 Cf bibliographie à la fin.

3 Certes, la colonisation de l’Éthiopie n’a jamais été réussie, ni atteint ses objectifs (cruauté italienne, rébellions…), cependant une guérilla italienne a pu subsister, malgré un environnement hostile sans aucune aide de la population autochtone. Cela peut s’expliquer par plusieurs raisons. La première réside dans le fait que 7 000 soldats italiens arriveront à échapper à la captivité. Une partie de ceux-ci, fanatisée par la propagande du Duce, croiront jusqu’au bout à un retournement de situation, notamment grâce à une victoire de Rommel en Égypte. S’ajoute, aussi, le fait que le territoire de l’AOI se prête particulièrement à ce type de « résistance » : zones montagneuses isolées, déserts. On peut y ajouter, la présence très importante de civils italiens, maintenue sur place, et encadrée par les Chemises Noires. Enfin, si effectivement, la colonisation de l’Éthiopie fut un échec, celles de l’Érythrée et du Somaliland seront plus solides et une partie des anciens Askaris resteront fidèles aux Italiens.